Discours d'Élisabeth Borne : Répercussions de la crise sanitaire sur l’approvisionnement en électricité pour l’hiver 2020-2021

Le Jeudi 11 juin 2020
Seul le prononcé fait foi

Mesdames et messieurs,

Depuis le début de la crise sanitaire, depuis le premier jour du confinement, la priorité du ministère de la Transition écologique et solidaire a été de s’assurer de la continuité des services essentiels au pays.

De s’assurer que les déchets soient ramassés, que l’eau potable arrive dans nos robinets, que la logistique approvisionne les supermarchés. Et, évidemment, que l’approvisionnement électrique soit garanti.

Pour éclairer, chauffer- je rappelle que le confinement a débuté en mars -, préparer les repas : l’énergie est plus que nécessaire, elle est indispensable à la vie du pays. 

Il était pour moi essentiel de ne pas ajouter de difficultés supplémentaires au moment où le pays traversait une crise majeure. 

Cela impliquait bien sûr d’assurer la sécurité sanitaire des salariés, la continuité d’approvisionnement, et, naturellement, de rester intransigeant sur la sûreté des exploitations nucléaires. 

C’est pourquoi, pendant toute la période, je suis restée en lien constant avec RTE, l’ASN et EDF. Grâce à cette mobilisation, l’approvisionnement et la distribution se sont poursuivis et se poursuivent sans difficultés majeures. 

C’est avant tout la marque du professionnalisme et du sens du service public des femmes et des hommes qui font fonctionner ce secteur et je veux les saluer aujourd’hui.  

La raison pour laquelle j’ai souhaité organiser ce point presse, c’est que les conséquences de la crise vont au-delà du strict moment du confinement. 

En effet, du fait de cette période très contrainte en matière de déplacements, de rassemblements, d’activité économique, un certain nombre de travaux de maintenance sur les centrales n’a pas été réalisé selon le planning prévu.

Il s’agit notamment des maintenances périodiques qui sont des opérations de révision des centrales qui mobilisent des centaines de salariés. 

A cela s’ajoute que l’application des gestes barrières pendant ces opérations de maintenance ralentit l’exécution des opérations et rend les chantiers plus longs. 

Tout l’enjeu désormais est donc d’éviter une concentration des travaux en hiver au moment où nous avons plus besoin de produire davantage qu’aujourd’hui, notamment pour le chauffage. 

C’est pourquoi, depuis presque deux mois, nous avons mené des échanges soutenus avec EDF. J’ai demandé au Groupe d’optimiser son planning d’arrêts et de maintenance pour assurer une disponibilité maximale durant l’hiver.

Tout cela se fait bien évidemment dans le respect des exigences de sûreté des centrales nucléaires. L’Autorité de Sureté Nucléaire a été régulièrement consultée dans le cadre de cette replanification des travaux de maintenance, pour garantir leur compatibilité avec ces exigences et l’ASN sera amenée à se prononcer sur les autorisations nécessaires.

Pour revenir à la question de la continuité d’approvisionnement, j’ai également demandé dès le mois d’avril à RTE, le responsable du réseau de transport d’électricité de France, dont le Président du Directoire est à mes côtés aujourd’hui, d’analyser les conséquences de ces modifications du calendrier des arrêts sur le passage de l’hiver prochain. 

Ces analyses nous appellent à la vigilance et les rééchelonnements proposés par EDF sont de nature à améliorer très significativement la situation pour l’hiver prochain en maximisant la disponibilité du parc nucléaire sur les périodes critiques.

Il s’agit donc d’une période exceptionnelle, et je redis après François Brottes qu’il n’y a pas de risque de black-out, c’est-à-dire de coupure de courant généralisée en France.

Il s’agit d’une situation contrôlée.

Ceci étant précisé, comme l’a indiqué François Brottes, cette situation exceptionnelle demande des mesures particulières pour maîtriser la consommation. 

Vous le savez, quel que soit le contexte, le Gouvernement soutient évidemment les efforts d’économies d’énergie. Elles sont bénéfiques pour le portemonnaie, pour la planète, et pour le bon fonctionnement du système électrique. 

Cette orientation est d’autant plus pertinente pour l’hiver prochain.  

A cela s’ajoute aussi le fait que la période de confinement nous a permis de constater qu’il n’y a quasiment pas de surconsommation d’électricité dans les foyers, il n’y a pas eu de surconsommation alors que les Français étaient massivement chez eux. 

Cela nous indique très clairement qu’il y a, en temps normal, des surconsommations évidentes –par exemple le maintien d’appareils en veille ou du chauffage en période d’absence. Il existe donc des gisements importants d’économies. 

Pour accélérer ces économies, nous allons d’abord agir pour baisser la consommation d’électricité de façon générale, et nous allons également lisser plus précisément les consommations aux moments des pointes. 

Pour faire des économies de manière générale, nous allons prendre des mesures concernant le chauffage, qui est une des premières sources de consommation en hiver. 

Nous le savons, les thermostats actuels permettent :

  • non seulement de ne pas chauffer au-delà d’une certaine température, 
  • mais aussi de ne pas chauffer lorsqu’on est absent,
  • voire de choisir les pièces que l’on chauffe. 

Pour les foyers qui en sont équipés, ceci permet de réaliser jusqu’à 10 % d’économie d’énergie, ce qui représente un gain de 100 à 200 euros par an sur sa facture. C’est pourquoi je souhaite que nous donnions un coup de pouce à l’installation de ce type de dispositifs de pilotage et de régulation. 

Dès le 1er juillet, nous allons donc lancer un « coup de pouce thermostat », qui permettra de prendre en charge, via le mécanisme des Certificats d’économie d’énergie, 150 euros sur le coût d’installation des thermostats. C’est un montant significatif, qui permettra de couvrir près de la moitié du coût d’installation pour un particulier. Si on y ajoute les économies sur la facture d’électricité, le thermostat est rentabilisé en moins de 2 ans. Nous tablons sur une installation de 20 000 à 40 000 dispositifs par mois. 

Toujours concernant les économies d’énergie, nous allons continuer à sensibiliser nos concitoyens aux éco-gestes et à la régulation du chauffage, notamment avec une campagne de l’ADEME qui débutera en septembre. 

Je le redis aujourd’hui dans des termes un peu différents de ce que disait François Brottes, mais j’aurai l’occasion de le redire cet hiver : baisser la température d’un seul degré : passer de 20 à 19° c’est en moyenne 7% de consommation en moins. 

Notre mobilisation pour les économies d’énergies concerne également le secteur tertiaire. Je rappelle que nous avons fixé des objectifs importants de baisse de consommation, dans le fameux décret tertiaire : -40% en 2030, -50% en 2040 et -60% en 2050. 

Pour aider à atteindre ces objectifs ambitieux, qu’il s’agisse des administrations ou des des entreprises, nous déployons des moyens. Dès le 1er juillet, j’ai décidé de mettre en place un bonus pour les « Contrats de Performance Energétique » qui sont utilisés dans le secteur tertiaire. 

Avec ces contrats, les travaux de rénovation thermique sont rémunérés par les économies d’énergie obtenus. Avec le bonus que nous créons, nous allons prendre en charge en moyenne  de l’ordre du tiers du coût des travaux, ce qui doit encourager les entreprises et les administrations à s’engager dans des programmes ambitieux. 

Au-delà de ces mesures d’économies d’énergie, je souhaite que nous allions encore plus loin pour mieux maîtriser nos consommations pendant les heures de pointe, en particulier pendant les jours les plus froids de l’année. 

Pour assurer l’équilibre offre-demande, nous pouvons adapter la consommation de façon ponctuelle au moment où c’est le plus nécessaire pour le réseau, c’est-à-dire au moment des pointes de consommation.

C’est ce qu’on appelle « l’effacement ». C’est un terme technique qui désigne les contrats avec des particuliers ou des entreprises qui acceptent de couper ou de différer certaines de leurs consommations pour soulager le réseau électrique lorsqu’il en a besoin. Ces contrats peuvent être passés soit directement avec RTE pour les industriels, soit avec des opérateurs spécialisés pour les particuliers. 

Cela peut donc conduire à arrêter temporairement des procédés industriels, ou encore le chauffage ou la production d’eau chaude pour les  particuliers. Les personnes ou entreprises qui pratiquent l’effacement y gagnent, soit en réalisant des économies d’énergie, soit en consommant à des moments où l’énergie est moins chère. 

Pour le développement des dispositifs d’effacement, mon ministère a déjà un mécanisme de soutien par des appels d’offres. 

Pour l’hiver prochain, nous allons donner plus d’ampleur à cet appel d’offres en permettant aux opérateurs de proposer des capacités d’effacement plus importantes. 

Concrètement, jusqu’à présent nous acceptions les offres d’effacement jusqu’à 30 000 euros par megawatt, et nous allons doubler ce plafond. Cela permettra jusqu’à 500 mégawatt d’offre supplémentaire en période de pointe. 

Et parce que nous avons besoin de cette augmentation dès le mois de novembre, nous mettrons en place un bonus pour les projets qui seront disponibles dès l’automne.

Je souhaite enfin que nous développions davantage l’effacement tarifaire. 

Très concrètement, ce sont donc des offres tarifaires qui sont acceptées ou choisies par les consommateurs et qui permettent de disposer d’un prix de l’énergie en dessous de la moyenne du marché la majorité du temps, en contrepartie d’un prix dissuasif quand il y a des pics de consommation sur le réseau. 

Le client a donc intérêt à déplacer sa consommation en dehors de ces pics, qui lui seront signalés par son fournisseur. 

Il peut ainsi réaliser des économies en adaptant ses usages. Ces offres existaient déjà, elles sont sous-exploitées. Il faut les relancer. Un appel d’offre est en préparation pour que de nouvelles propositions tarifaires voient le jour dès septembre prochain. 

Aujourd’hui, nous disposons d’un gisement d’effacement pouvant aller jusqu’à 3GW. Avec ces mesures supplémentaires l’objectif est de mobiliser 1 à 2GW supplémentaire, c’est-à-dire l’équivalent de la production de 2 réacteurs nucléaires. 

Au-delà de ces mesures, je souhaite mobiliser tous les grands acteurs qui sont susceptibles de contribuer à la réalisation d’économies d’énergie. Ils peuvent nous aider à identifier des gisements d’effacement et de réduction de consommation aux heures de pointe. Ces gisements sont rapidement mobilisables et ils peuvent nous être utiles cet automne.

C’est dans cette perspective et pour m’assurer de la bonne mise en œuvre des mesures prises aujourd’hui que je réunirais cet après-midi, en présence d’associations d’élus, les fournisseurs d’électricité, les grandes foncières, les bailleurs sociaux et les acteurs de l’effacement. 

J’attends des propositions pour le début du mois de juillet, pour qu’ils puissent les déployer dès septembre.

Voilà mesdames et messieurs, ce que je souhaitais vous dire aujourd’hui.

Cette crise inédite entraîne des conséquences inédites. Nous prenons les dispositions pour y faire face et pour continuer à assurer la continuité d’approvisionnement électrique du pays.

Je sais pouvoir compter sur la mobilisation de toutes et de tous pour y arriver.

Je vous remercie.